Donald Trump se présente comme le président qui fermera les portes de l'Amérique. Pourtant, son parcours de vie – sa fortune, sa famille, ses gratte-ciel, son empire politique – est intimement lié aux visas et aux cartes vertes. Le président le plus xénophobe de l'histoire moderne des États-Unis est, paradoxalement, un homme dont l'ascension fulgurante aurait été impossible sans ces papiers d'immigration.
Ce n'est pas une simple note de bas de page. C'est le rebondissement majeur. La personnalité politique de Trump et sa biographie personnelle ne se contentent pas de s'entrechoquer ; elles explosent au contact.
Le président anti-immigration construit par des immigrants
Trump vocifère à propos des expulsions massives, de la fermeture des frontières, de la fin du regroupement familial et du durcissement des conditions d'accès aux visas qui alimentent l'économie américaine. Pourtant, un bref retour en arrière révèle que sa propre famille a eu recours à presque toutes les voies d'accès qu'il dénonce aujourd'hui.
Son grand-père a fui la Bavière pour échapper au service militaire et a été renvoyé pour cela. Sa mère, originaire d'une île écossaise isolée, est arrivée presque sans ressources et a nettoyé les sols de familles aisées. Sans ces deux immigrants, il n'y aurait pas eu de Trump Tower, pas de « L'Art de la négociation », pas de présidence ; juste une agente immobilière du Queens bien différente, avec une vie bien différente.
Trump ne se contente pas de mordre la main qui le nourrit. Il mord la main, le bras, le corps tout entier du système qui a rendu son ascension possible.
Les valeurs familiales dont Trump ne parle pas
Ivana Trump était originaire de Tchécoslovaquie ; Melania Trump est arrivée avec une série de visas de travail et a ensuite obtenu la très convoitée carte verte EB-1, catégorie « capacités extraordinaires » généralement réservée aux scientifiques de niveau prix Nobel et aux artistes de renommée internationale. Et oui, Melania a par la suite parrainé ses parents grâce à la procédure de regroupement familial même que son mari avait juré d’abolir.
Trump s'insurge contre le « regroupement familial » alors qu'il est à la tête d'un des programmes de regroupement familial les plus fructueux de l'histoire politique américaine moderne. L'hypocrisie est flagrante. Elle est même au cœur du problème.
Les gratte-ciel construits par Trump grâce au travail des immigrés
La Trump Tower, fleuron de son empire, a été construite grâce au travail d'ouvriers polonais sans papiers, sous-payés et effectuant des horaires longs et dangereux. Des décennies plus tard, après déni constants, un accord à l'amiable de plus d'un million de dollars a enfin révélé la vérité.
Pendant ce temps, Mar-a-Lago et les clubs de golf de Trump ont discrètement fait venir des travailleurs étrangers pendant des années, munis de visas saisonniers : femmes de ménage, cuisiniers, serveurs, jardiniers. Alors même que le candidat Trump clamait haut et fort « Embauchez des Américains ! », l’homme d’affaires Trump s’affairait à remplir des formulaires pour des cuisiniers jamaïcains et des femmes de ménage d’Europe de l’Est.
Le message politique : les immigrants volent les emplois des Américains.
Le modèle économique : en réalité, nous avons besoin d’eux pour que les lustres restent impeccables.
Trump le populiste et Trump l'employeur n'appartiennent pas au même univers. Ils vivent à peine sur la même planète.
Le paradoxe qui définit l'ère Trump
Le grand paradoxe de l'immigration américaine : comment Donald Trump a gravi les échelons grâce au système même qu'il veut abattre.
Quand on prend du recul, la contradiction est presque opératique :
- Un président qui promet des expulsions massives a bâti sa fortune grâce au travail sans papiers.
- Un homme politique qui diabolise les visas dépend d'eux pour assurer le personnel de ses propriétés.
- Un champion de la lutte contre la « migration en chaîne » figure dans un arbre généalogique rendu possible par trois générations de cette pratique.
- Un homme qui jure de fermer la frontière doit son existence même au fait que l'Amérique ne l'a pas fermée pour ses grands-parents.
Trump n'a pas seulement profité du système d'immigration. Sa vie est une véritable déclaration d'amour à ce système : une déclaration assumée, vécue avec audace et niée avec véhémence.
Et c'est là le paradoxe au cœur de l'affaire Trump : le milliardaire issu de l'immigration devenu président anti-immigration. Il ne s'agit pas seulement d'hypocrisie. C'est l'histoire américaine, inversée, instrumentalisée et présentée aux électeurs comme une mise en garde contre ceux qui ressemblent à ses propres ancêtres.



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