La conférence de Berlin de 1884-1885, qui a officialisé la « course à l’Afrique », s’est tenue à Wilhelmstrasse 77 à Berlin, la résidence officielle du chancelier allemand Otto von Bismarck. Le bâtiment fut détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, mais le site, aujourd'hui connu sous le nom de Wilhelmstrasse 92 dans le quartier de Mitte, est désigné comme le lieu de cet événement charnière
Dans une ville largement considérée comme un modèle mondial pour la manière d'affronter son passé, la disparition discrète d'une plaque commémorative liée à la conférence de Berlin de 1884-85 a suscité l'inquiétude des chercheurs, des organisations culturelles et des défenseurs de la diaspora africaine.
La borne, qui identifiait le site associé à la conférence convoquée par Otto von Bismarck, a récemment disparu lors d'une visite effectuée par des membres du Réseau de recherche sur le tourisme africain (ATRN) et une délégation de médias participant au salon international du tourisme ITB Berlin.
Ce qui aurait dû être une documentation de routine d'un site historique a au contraire révélé une absence — une absence qui, selon les critiques, reflète un problème plus général dans la manière dont l'histoire mondiale est publiquement reconnue.
Un tournant aux conséquences durables
La conférence de Berlin demeure l'une des réunions diplomatiques les plus importantes de l'histoire moderne. Des représentants de 14 nations s'y sont réunis pour officialiser le partage de l'Afrique en territoires coloniaux, sans la présence ni le consentement d'aucun représentant africain.
Les décisions prises lors de la conférence ont accéléré ce que l'on a appelé la « ruée vers l'Afrique », découpant le continent en frontières qui ont souvent ignoré les réalités ethniques, culturelles et politiques. De nombreux historiens affirment que ces frontières continuent de façonner les conflits contemporains, les défis de gouvernance et les systèmes économiques à travers l'Afrique.
Pour beaucoup, cette histoire n'est pas lointaine.
« C’est une réalité vécue », a déclaré un représentant de l’ATRN, soulignant que l’héritage des structures économiques extractives et des frontières arbitrairement tracées affecte encore des millions de personnes à travers le continent et sa diaspora.
L'importance de la mémoire collective
Les panneaux historiques ne sont pas de simples panneaux d'information. Ils ancrent la mémoire dans l'espace physique, offrant aux résidents comme aux visiteurs l'occasion de se confronter au passé là où il s'est déroulé.
Berlin, en particulier, a acquis une reconnaissance internationale pour son engagement en faveur du souvenir, de ses nombreux mémoriaux de l'Holocauste à ses musées documentant les chapitres les plus difficiles de l'histoire du pays.
Dans ce contexte, la suppression de la plaque commémorative de la conférence de Berlin paraît particulièrement choquante.
Les critiques font valoir que son absence réduit les possibilités d'éducation publique et risque de marginaliser un récit qui est central non seulement dans l'histoire africaine, mais aussi dans l'histoire européenne et mondiale.
« À l’ère de la désinformation et de l’amnésie historique, les vestiges matériels ont leur importance », a déclaré un chercheur en sciences culturelles connaissant bien le site. « Ils permettent de responsabiliser les individus. »
Un appel à la restauration et à l'expansion
Le Réseau de recherche sur le tourisme africain a appelé les autorités berlinoises et l'UNESCO à rétablir la borne et à élargir le champ d'interprétation du site.
Leur proposition va au-delà d'un simple remplacement. Elle comprend l'ajout d'expositions multimédias, l'intégration de perspectives africaines et l'élaboration de supports pédagogiques qui reflètent plus pleinement les conséquences de la conférence.
Une telle initiative, selon ses partisans, s'inscrirait dans le cadre de l'engagement plus large de l'Allemagne en matière de responsabilité historique, tout en reconnaissant la portée mondiale de ses décisions passées.

Une histoire mondiale, pas locale
La disparition de cette plaque commémorative a également suscité un débat plus large sur la question de savoir quelles histoires sont préservées dans l'espace public — et lesquelles sont oubliées.
Si l'Allemagne a été largement félicitée pour avoir fait face à son passé du XXe siècle, les chercheurs notent que son histoire coloniale a reçu comparativement moins d'attention du public.
Pourtant, la conférence de Berlin n'est pas qu'un simple événement européen. Elle constitue un moment décisif de l'histoire africaine et un chapitre charnière de l'histoire du pouvoir mondial, de l'exploitation et de la résistance.
Selon ses défenseurs, la restauration de cette stèle témoignerait d'une approche plus inclusive du devoir de mémoire, reconnaissant l'interconnexion des histoires à travers les continents.
Un règlement de comptes inachevé
Pour l'instant, le site reste sans signalisation, son importance imperceptible aux passants.
Comme beaucoup l'ont souligné, l'histoire ne peut être effacée. Mais la manière dont on s'en souvient — ou dont on l'oublie — reste un choix.
À Berlin, ville bâtie autant sur la mémoire que sur la réinvention, ce choix est une fois de plus remis en question.



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