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Le tourisme et la conservation poussent les communautés autochtones au bord du gouffre en Tanzanie et au-delà.

TZ IND

Le tourisme et les projets de conservation déplacent de plus en plus les communautés autochtones, des terres masaï de Tanzanie à la forêt amazonienne. Alors que le tourisme mondial promeut la « nature sauvage vierge », des voix critiques s'élèvent pour avertir que l'expansion du tourisme de safari et des aires protégées engendre des expulsions, des violences et des menaces existentielles pour les peuples autochtones du monde entier.


Tanzanie du Nord : Tourisme et déplacements de population

Dans les vastes plaines du nord de la Tanzanie, où les jeeps de safari tournent au ralenti à l'aube et où les itinéraires promettent des rencontres avec une « nature sauvage intacte », la terre raconte deux histoires très différentes.

L'une est vendue au monde : des lions traversant des herbes dorées, la Grande Migration, un paysage sans présence humaine.

L'autre réalité est vécue : des villages sous pression, des voies de pâturage coupées et un peuple — les Maasaï — confronté à la perspective d'être expulsé des terres qu'il habite depuis des générations.

Des communiqués de presse récents de Survival International décrivent comment les propositions soutenues par le gouvernement tanzanien pourraient conduire à expulsion massive des communautés masaï des principales zones de conservation, notamment la zone de conservation de Ngorongoro, l'une des destinations touristiques les plus emblématiques d'Afrique.

La justification invoquée est la conservation. La réalité, selon les critiques, est plus complexe.


L'expansion discrète d'une industrie mondiale

Le tourisme est l'un des secteurs économiques les plus importants de la Tanzanie, attirant chaque année des centaines de milliers de visiteurs internationaux. Les parcs nationaux et les zones de conservation sont essentiels à cet attrait et, de plus en plus, aux décisions d'aménagement du territoire.

Selon Survival International, le développement des infrastructures touristiques et des zones de conservation s'est accompagné d'un durcissement des restrictions d'accès aux terres autochtones. Dans certaines régions, l'accès à l'eau, aux pâturages et aux services essentiels a été limité, contraignant de fait les communautés à se déplacer.

Les représentants masaï affirment qu'on les tient responsables de la dégradation de l'environnement alors que l'empreinte écologique du tourisme (routes, lodges, circulation automobile) fait l'objet de moins d'attention.

La contradiction est flagrante : des paysages présentés comme « vierges » peuvent dépendre de la disparition des populations mêmes qui les ont longtemps préservés.


La conservation sans les humains

L'idée de protéger la nature en excluant les populations humaines a de profondes racines coloniales. Mais dans des endroits comme le Ngorongoro, il s'agit aussi d'un changement relativement récent.

La zone a été initialement conçue comme un paysage à usage multipleun temps où la conservation de la faune sauvage et les moyens de subsistance des populations autochtones pouvaient coexister. Cet équilibre est aujourd'hui en train de se rompre.

Les nouvelles recommandations politiques préconisent de mettre fin à la résidence et au pastoralisme traditionnel dans certaines zones, redéfinissant de fait la présence humaine elle-même comme incompatible avec la conservation.

Pour les Maasaï, dont la culture est construite autour de l'élevage et des migrations saisonnières, les conséquences sont existentielles.

Perdre ses terres, ce n'est pas simplement se reloger. C'est perdre son identité, son économie et son autonomie.


Un modèle au-delà de la Tanzanie

Pression mondiale sur les terres autochtones

Image(s)

Les tensions qui se développent en Tanzanie s'inscrivent dans un contexte mondial plus large.

En Amazonie, en Asie du Sud-Est et dans certaines régions d’Afrique, les territoires autochtones – souvent parmi les régions les plus riches en biodiversité de la planète – sont de plus en plus ciblés par :

  • Exploitation minière et exploitation forestière
  • expansion de l'agro-industrie
  • Projets énergétiques
  • Développement de la conservation et du tourisme

Survival International signale une recrudescence des violences liées à ces pressions. Au Brésil, par exemple, des attaques armées contre des communautés autochtones ont entraîné des meurtres en lien avec des conflits fonciers. Ailleurs, l'exploitation minière illégale et la déforestation alimentent à la fois la destruction de l'environnement et les crises humanitaires.

Les pays du monde entier sont particulièrement vulnérables. tribus non contactéesCes espèces sont très peu immunisées contre les maladies extérieures. Même une intrusion limitée sur leur territoire peut entraîner une hécatombe démographique.

Les défenseurs de cette cause préviennent que, sans protections plus strictes, des communautés entières pourraient disparaître en quelques décennies.


Le rôle caché du tourisme

Si les industries extractives sont souvent les plus critiquées, le tourisme apparaît comme un facteur de déplacement de population moins visible, mais de plus en plus important.

En Tanzanie, les terres réservées à l'observation de la faune sauvage, aux concessions de safari et au tourisme lié à la conservation se sont étendues, exerçant une pression accrue sur les populations autochtones.

Les critiques affirment que cela crée un paradoxe :

  • Le tourisme dépend de la biodiversité et du patrimoine culturel
  • Pourtant, son expansion peut nuire aux deux

Dans certains cas, des terres vidées de leurs habitants d'origine sont rebaptisées « zones sauvages » — leur histoire humaine étant effacée pour répondre aux attentes des visiteurs.


Deux visions de la nature

Au cœur de ces conflits se trouve un désaccord fondamental sur la nature même de la nature et sur qui y a sa place.

Un modèle, dominant dans le tourisme mondial, imagine la nature comme un lieu sans humains : protégé, pittoresque et séparé.

L’autre vision, incarnée par de nombreuses communautés autochtones, considère les humains comme faisant partie de l’écosystème – des acteurs de son équilibre plutôt que des menaces pour celui-ci.

Les recherches montrent de plus en plus que les terres gérées par les populations autochtones présentent souvent une biodiversité égale ou supérieure à celle des aires protégées sans présence humaine.

Pourtant, les cadres politiques et les incitations commerciales continuent de favoriser l'exclusion.


Les enjeux pour l'industrie du voyage

Pour le secteur touristique mondial, les conséquences deviennent de plus en plus difficiles à ignorer.

Les voyageurs sont de plus en plus attirés par les expériences présentées comme durables et éthiques. Mais la situation en Tanzanie et ailleurs soulève des questions difficiles :

  • Le tourisme peut-il être durable s'il entraîne le déplacement des communautés locales ?
  • Qui bénéficie économiquement des paysages protégés ?
  • Et quelles histoires sont omises du récit ?

L'avenir de ce secteur dépendra peut-être de la manière dont il répondra à ces questions.


Un tournant

De retour dans le nord de la Tanzanie, les plaines restent aussi vastes et belles que jamais.

Les touristes continuent d'arriver. La faune sauvage continue de circuler librement.

Et les Massaï continuent de résister.

Leur lutte s'inscrit dans un contexte mondial plus large, qui dépasse largement le cadre d'un seul pays ou d'un seul secteur d'activité. Il s'agit de territoire, d'identité et des visions concurrentes quant à la protection des sites les plus précieux de la planète.

Pour l'instant, ces visions restent contradictoires.

Mais cette issue pourrait façonner non seulement l'avenir des peuples autochtones, mais aussi l'avenir du voyage lui-même.

A propos de l'auteure

Jürgen T Steinmetz

Juergen Thomas Steinmetz a travaillé de manière continue dans l'industrie du voyage et du tourisme depuis son adolescence en Allemagne (1977).
Il a fondé eTurboNews en 1999 en tant que premier bulletin d'information en ligne pour l'industrie mondiale du tourisme de voyage.

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