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L’UE met en garde contre le recrutement d’Africains par la Russie en Ukraine, qui s’apparente à de « l’esclavage moderne » exploitant les routes migratoires et touristiques.

Afrique

Des enquêteurs européens alertent sur le recrutement par la Russie de migrants et d'étudiants africains pour combattre en Ukraine, une forme nouvelle d'esclavage moderne qui exploite les visas touristiques, les parcours éducatifs et les promesses d'emploi. Cette crise grandissante redéfinit les voyages entre l'Europe et l'Afrique et soulève des inquiétudes quant à la sécurité des migrants, la reprise du tourisme et l'éthique des pratiques de recrutement.

BRUXELLES — Les États membres de l'Union européenne sont de plus en plus préoccupés par le recrutement de ressortissants africains pour combattre aux côtés de la Russie en Ukraine, avertissant que cette tendance constitue non seulement un problème humanitaire et de sécurité, mais aussi un problème ayant des répercussions croissantes sur le tourisme, les flux migratoires et les voyages d'affaires entre l'Europe et l'Afrique.

Alors que l'Europe commémore le quatrième anniversaire de l'invasion russe de l'Ukraine le 24 février, des enquêteurs et des analystes politiques affirment que les réseaux de recrutement ciblant les citoyens africains ont gagné en ampleur et en sophistication. Selon les services de renseignement, plus de 1 400 personnes originaires d'au moins 36 pays africains ont combattu aux côtés de la Russie, et plusieurs d'entre elles sont actuellement détenues par les forces ukrainiennes comme prisonniers de guerre.

Lors d'une conférence de presse à Bruxelles, Thierry Vircoulon, chercheur principal à l'Institut français des relations internationales, a déclaré que des acteurs liés à la Russie utilisaient les réseaux sociaux et les réseaux de la diaspora pour recruter. Selon les enquêteurs, des Africains résidant déjà en Russie servaient souvent d'intermédiaires, persuadant étudiants et demandeurs d'emploi de s'enrôler en leur promettant salaires, visas ou opportunités académiques.

Tactiques de recrutement et impact humain

Selon les chercheurs, de nombreux ressortissants africains ont été enrôlés de force grâce à de fausses offres d'emploi ou à des programmes frauduleux de visas étudiants. De fausses agences de placement et des plateformes en ligne promettaient logement, salaires élevés et emploi stable, alors que les recrues se retrouvaient en réalité envoyées au front.

Vincent Gaudio, cofondateur du groupe d'investigation INPACT, a déclaré aux journalistes que les recruteurs exploitaient les filières liées aux voyages, notamment les tournois de football, les parrainages de visas et les échanges d'étudiants. Ces tactiques brouillent la frontière entre migration et militarisation, créant ce que les analystes décrivent comme un « circuit de recrutement informel » reliant les voies d'immigration au service militaire.

Le bilan humain est lourd. Selon les services de renseignement, au moins 171 combattants africains, originaires notamment du Cameroun, du Ghana et d'Égypte, ont péri dans le conflit, la plupart âgés de 18 à 25 ans. Les analystes expliquent que l'Afrique subsaharienne a été particulièrement vulnérable en raison du chômage élevé des jeunes et des fortes aspirations migratoires de ces derniers, en quête d'opportunités à l'étranger.

Le tourisme et les voyages d'affaires sous pression

Au-delà des champs de bataille, les responsables européens avertissent que ce phénomène de recrutement redéfinit la perception de la mobilité entre l'Europe et l'Afrique, avec des conséquences pour le tourisme et les voyages d'affaires.

La guerre a déjà perturbé les liaisons aériennes reliant l'Europe, la Russie et certaines régions d'Afrique. Les sanctions et les restrictions d'espace aérien ont contraint les compagnies aériennes à emprunter des itinéraires plus longs, entraînant une hausse des coûts du carburant et du prix des billets. Les offices de tourisme d'Afrique de l'Est constatent une baisse du nombre de visiteurs européens pendant les hautes saisons touristiques, en partie due à l'augmentation des dépenses de voyage et à un contexte géopolitique plus incertain.

D'après les analystes en sécurité, la découverte de réseaux de recrutement liés aux visas étudiants ou aux programmes de voyage a rendu les autorités européennes d'immigration plus prudentes, entraînant un renforcement des contrôles de visas. Les acteurs du secteur craignent que cela ne ralentisse la reprise du tourisme, qui commençait tout juste à se redresser après la pandémie de COVID-19.

Les experts du tourisme soulignent que l'Europe demeure le principal marché émetteur d'investissements touristiques et de voyages de loisirs pour l'Afrique. Tout durcissement des règles de mobilité ou toute perception accrue du risque pourraient réduire le tourisme d'affaires, les échanges culturels et les voyages éducatifs, autant de sources de revenus essentielles pour les destinations d'Afrique de l'Est et de l'Ouest.

Contexte historique et schémas similaires

Le recours à des combattants étrangers n'est pas un phénomène nouveau dans les conflits modernes. Les analystes établissent des parallèles avec les campagnes de recrutement observées lors des conflits en Syrie et en Libye, où la précarité économique et la propagande en ligne ont attiré des individus de diverses régions. Toutefois, le ciblage des étudiants africains par le biais des filières universitaires et migratoires représente une stratégie hybride plus complexe, qui s'inscrit dans les systèmes de mobilité internationale.

Les chercheurs soulignent également le contexte géopolitique plus large de la compétition d'influence en Afrique, où la Russie a renforcé son engagement diplomatique, militaire et économique ces dernières années. La polémique autour du recrutement de ressortissants russes risque de tendre les relations entre les gouvernements africains et leurs partenaires européens, d'autant plus que les États membres de l'UE réclament un contrôle plus strict des programmes de voyage liés à la Russie.

Effets d’entraînement économiques

Les opérateurs touristiques africains affirment que le conflit a contribué à la volatilité des devises, à la hausse des coûts d'assurance et à la baisse de la confiance des investisseurs. Les voyagistes européens signalent des annulations liées à l'incertitude concernant les itinéraires et le sentiment de sécurité, même dans des régions éloignées du conflit.

Les voyages d'affaires ont également évolué. Les entreprises opérant entre l'Europe et l'Afrique réévaluent leur logistique, les sanctions compliquant les transactions financières et les réseaux de transport. Certains analystes préviennent que si les réseaux de recrutement continuent d'exploiter les flux migratoires, les gouvernements pourraient imposer des restrictions de voyage supplémentaires, susceptibles d'affecter davantage les compagnies aériennes, les hôtels et le secteur des congrès.

Regard vers l'avenir

Les responsables européens appellent à une coopération plus étroite avec les gouvernements africains pour lutter contre les réseaux de recrutement, tout en préservant les possibilités légitimes de voyager et d'étudier. Les analystes soulignent que la difficulté réside dans la nécessité de concilier les impératifs de sécurité et le maintien de corridors touristiques ouverts et de partenariats économiques.

Alors que la guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année, les décideurs politiques affirment que ce problème souligne à quel point les conflits modernes s'étendent bien au-delà du champ de bataille, façonnant les migrations, le tourisme et la mobilité internationale d'une manière qui pourrait redéfinir les relations Europe-Afrique pour les années à venir.

A propos de l'auteure

Apolinari Tairo - eTN Tanzanie

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