Tourisme, diplomatie et développement :
Trois pays, le Mexique, la Colombie et la République dominicaine, captent 2.7 % du tourisme mondial, le Mexique 1.6 % et l'autre environ 0.5 %. Si l'on additionne les effets directs et indirects, tous ces pays ont un impact considérable sur leurs économies nationales.
La contribution de ce secteur au PIB de la République dominicaine atteint 20 %, contre 8 % au Mexique et 6.3 % en Colombie. Quant aux emplois créés, on estime que 4.4 millions de personnes travaillent dans le secteur du voyage et du tourisme au Mexique, 1.4 million en Colombie et 0.8 million en République dominicaine.
Ce panorama, consolidé par l’image des trois pays comme destinations culturelles, naturelles et urbaines, est confronté à des défis structurels communs à de nombreux pays d’Amérique latine :
Sécurité, connectivité, durabilité et positionnement international.
Le récent changement d'administration aux États-Unis modifie également la carte du tourisme mondial. Au cours des quatre premiers mois de 2025, les arrivées de touristes canadiens aux États-Unis ont diminué de 8.3 %, tandis que celles en provenance d'Europe ont diminué de 5.1 %.
Plusieurs incidents négatifs fortement médiatisés ont affecté négativement la perception de Destination USA, ce qui pourrait favoriser un détournement important des flux touristiques vers le Mexique et les Caraïbes.
Profiter de cette opportunité et positionner la région comme une alternative stratégique au sein de l’Amérique latine ne peut pas dépendre exclusivement des stratégies nationales : cela nécessite une vision régionale, une présence active et un poids politique dans les organisations internationales – publiques et privées – qui régulent le secteur.
Conseil exécutif de l'ONU-Tourisme
Parmi ces organisations internationales figure l’ONU Tourisme, anciennement UNWTOLe Conseil exécutif comprend le Mexique, la Colombie et la République dominicaine, trois des cinq membres latino-américains, en plus de l’Argentine et du Brésil.
Les expériences récentes montrent la vulnérabilité du secteur touristique aux crises, amplifiées par la couverture médiatique internationale. En 2019, le décès de plusieurs touristes dans des hôtels dominicains a entraîné une forte baisse des arrivées, avec des pertes à deux chiffres.
Mexique
Au Mexique, la violence généralisée due aux cartels de la drogue, avec l'un des taux d'homicides les plus élevés du continent (25.9 pour 100,000 XNUMX habitants), touche même des destinations traditionnellement sûres comme Puerto Vallarta et Cancún. En Colombie, les épisodes de violence ou les manifestations sociales ont contribué à une perception mondiale déformée, qui ignore les normes de sécurité élevées de nombreuses régions du pays.
Cela montre la fragilité intrinsèque du tourisme et la nécessité d’une stratégie de communication mondiale efficace soutenue par des alliances multilatérales et une coopération régionale.
Dans ce contexte, l'élection prochaine du nouveau Secrétaire général de l'ONU Tourisme, fin mai, revêt une importance particulière. Le Conseil exécutif, auquel appartiennent les trois pays (Colombie, Mexique et République dominicaine), sélectionnera le candidat dont il soumettra la nomination à la ratification de l'Assemblée générale de l'ONU Tourisme pour diriger le tourisme mondial.
Jusqu'à il y a quelques jours, l'un des candidats était le président sortant, le Géorgien Zurab Pololikashvili, qui briguait un troisième mandat controversé. Cependant, la Géorgie a retiré sa candidature et annoncé son soutien au candidat émirati. Bien que les raisons n'aient pas été expliquées publiquement, certains spéculent qu'elles seraient liées aux tensions internes après les élections d'octobre et à la position de l'organisation concernant la Fédération de Russie, dont l'adhésion a été suspendue par une large majorité au sein d'ONU-Tourisme. Cependant, cette mesure a été annulée par le retrait volontaire de la Russie avant le scrutin.
Ce type de mouvement géopolitique souligne la nécessité pour l'Amérique latine d'agir avec cohérence. En 2017, un phénomène similaire s'est produit à l'UNESCO, lorsqu'un pays latino-américain a retiré sa candidature pour soutenir un troisième pays, qui n'a finalement pas été élu non plus.
Quel que soit le jugement rendu sur ces affaires, force est de constater que les retraits de candidatures, surtout lorsqu'ils s'accompagnent d'un soutien opaque, ne renforcent pas l'image d'impartialité et de légitimité dont le système des Nations Unies a besoin. Cela est particulièrement vrai dans un contexte historique complexe, après les décisions du gouvernement des États-Unis, telles que son retrait de l'Organisation mondiale de la santé ou la réduction de son soutien à d'autres agences.
Aujourd'hui, l'Amérique latine a une réelle opportunité d'agir avec unité et leadership. La région dispose d'un candidat solide :
Gloire Guevara
Gloria Guevara, ancienne ministre du Tourisme du Mexique, possède une vaste expérience au sein des organisations multilatérales et du secteur privé. Son profil allie expérience, vision et capacité de dialogue mondial.
Ce soutien régional est important pour au moins trois raisons :
- Tourisme éducatif et scientifique
La région des Caraïbes et l'Amérique latine doivent progresser dans l'internationalisation de leur enseignement supérieur. À cette fin, une politique intégrée incluant des programmes régionaux de mobilité universitaire, au moins des programmes andins-centraméricains similaires au programme européen Erasmus, serait cruciale. Cela renforcerait la formation et la coopération universitaire et favoriserait le tourisme universitaire, augmentant ainsi la circulation du savoir. - Les grandes infrastructures scientifiques et les projets de tourisme d’innovation, tels que les pôles régionaux de recherche, de santé ou de technologie, génèrent des flux touristiques. La science, la médecine, la biodiversité et l'innovation constituent de nouvelles frontières pour le développement du tourisme durable. Les trois pays disposent déjà de pôles de ce type. Les transformer en destinations de tourisme scientifique – comme c'est déjà le cas dans certains pays asiatiques – est une opportunité encore inexplorée.
Deux exemples:
Colombie:Barranquilla était la capitale américaine de la culture ;
République Dominicaine: Le projet Silicon Beach Le projet proposé par le président Abinader comporte une forte dimension touristique. - Intégration du tourisme régional
Les pays voisins ne doivent pas être considérés uniquement comme des concurrents, mais aussi comme des alliés stratégiques. Les Caraïbes anglophones proposent déjà des forfaits touristiques intégrés. Pourquoi ne pas étendre cette logique au Mexique, à la Colombie et à la République dominicaine ? Trait d'union entre l'Amérique du Sud, l'Amérique centrale et les Caraïbes, la Colombie pourrait jouer un rôle clé dans l'élaboration de forfaits touristiques exploitant les liens culturels, géographiques et logistiques, notamment avec l'Argentine et le Brésil.
En outre, la coopération touristique peut devenir un outil constructif au sein d’une stratégie internationale plus large dans des contextes de crises migratoires ou sociales.
Enfin, je mentionne une initiative dans laquelle je suis personnellement impliqué :
La proposition d'un programme mondial de rayonnement synchrotron pour les pays du Sud a été promue par un groupe interrégional et sélectionnée par l'UNESCO comme projet phare de la Décennie des sciences. Ce programme, qui soutient le tourisme et la coopération scientifiques, nécessite des partenariats internationaux et un leadership partagé.
En ce sens, il est significatif que Mohamed Faouzou Déme Le candidat africain du Sénégal a retiré sa candidature pour soutenir Guevara. Bien que ce geste politique soit individuel, il démontre la portée internationale que sa candidature peut avoir.
Amérique Latine Le Mexique a une réelle opportunité de renforcer sa présence au sein d'une organisation stratégique. Soutenir la candidature de Gloria Guevara est un engagement institutionnel et une décision qui aligne les intérêts nationaux sur une vision partagée du tourisme comme moteur de développement durable, de coopération régionale et d'intégration mondiale.



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