Bruxelles, le 19 mars 2026 - Le Association du transport aérien international (IATA) a appelé l'Union européenne à revoir son système d'échange de quotas d'émission de l'Union européenne (EU ETS), avertissant que le cadre actuel risque de compromettre la connectivité aérienne et la résilience économique de l'Europe tout en augmentant les coûts et la complexité des efforts de décarbonation.
Cet appel intervient dans un contexte d'inquiétudes croissantes parmi les dirigeants européens quant à l'efficacité du système et à son impact sur la compétitivité mondiale de l'Union – des inquiétudes reprises dans le rapport Draghi, qui souligne la complexité réglementaire, les coûts élevés et le sous-investissement comme principaux freins à la croissance économique. Dans un contexte d'instabilité géopolitique et de perturbations des chaînes d'approvisionnement, l'IATA affirme qu'une connectivité aérienne solide demeure essentielle au rayonnement international de l'Europe.
Un appel à l'harmonisation mondiale
Au cœur de la proposition de l'IATA se trouve la mise en œuvre intégrale du Système de compensation et de réduction des émissions de carbone pour l'aviation internationale (CORSIA), un cadre mondial de réduction des émissions convenu dans le cadre de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).
L’IATA exhorte l’UE à appliquer la réglementation CORSIA de manière uniforme à tous les vols internationaux, y compris les liaisons au sein de l’Espace économique européen (EEE), et à éviter les variations régionales susceptibles de fragmenter le marché.
Selon l'association, le chevauchement des mesures régionales alourdit non seulement les charges administratives, mais nuit également à l'efficacité de l'action climatique coordonnée à l'échelle mondiale. Une approche harmonisée, affranchie des contraintes d'éligibilité propres à l'UE, offrirait aux compagnies aériennes un cadre réglementaire prévisible et cohérent, tout en garantissant des réductions d'émissions crédibles au niveau mondial.
Stimuler le carburant d'aviation durable par la réforme du marché
Une autre recommandation centrale est l’introduction d’un système de « réservation et de réclamation » pour le carburant d’aviation durable (SAF) dans le cadre du SEQE-UE.
Un tel système permettrait aux compagnies aériennes de bénéficier d'avantages environnementaux liés à leurs achats de carburant d'aviation durable (SAF), indépendamment du lieu d'utilisation physique de ce carburant. L'IATA soutient que cette flexibilité est essentielle au développement de l'adoption du SAF en Europe, notamment pour les transporteurs opérant en dehors des grands centres de distribution de carburant.
En instaurant un marché des carburants d'aviation durables (SAF) transparent et liquide, ce mécanisme pourrait réduire les coûts, améliorer la sécurité des investissements et garantir des conditions de concurrence équitables pour tous les opérateurs. Sa mise en œuvre nécessiterait une mise à jour des règles du système d'échange de quotas d'émission de l'UE (SEQE-UE) et des améliorations de la base de données de l'Union afin de suivre à la fois le carburant physique et ses attributs environnementaux, évitant ainsi le double comptage.
Réorienter des milliards vers la décarbonation
Avec la suppression progressive des quotas d'émission gratuits pour l'aviation en 2024, les compagnies aériennes sont confrontées à une forte augmentation de leurs coûts de mise en conformité. L'IATA estime que le secteur rendra près de 330 millions de quotas entre 2026 et 2030, générant ainsi des milliards d'euros de recettes pour les États membres de l'UE.
Cependant, seule une petite fraction de ces fonds est actuellement réinvestie dans les initiatives de décarbonation du secteur aérien.
L’IATA demande qu’une part plus importante des recettes du système d’échange de quotas d’émission de l’UE soit réinvestie dans le secteur, notamment pour :
- Augmenter la production et l'infrastructure SAF
- Soutenir les technologies émergentes à zéro émission
- Aider les compagnies aériennes à absorber les coûts élevés des solutions vertes en phase de démarrage
L'association cite des estimations du Plan d'investissement pour les transports durables, qui suggèrent que 57 à 67 milliards d'euros seront nécessaires d'ici 2035 — et jusqu'à 376 milliards d'euros d'ici 2050 — pour répondre à la demande en matière de carburants d'aviation durables.
Il recommande également d'élargir le programme d'allocations SAF, qui ne couvre actuellement que 4 à 5 % des besoins prévus, et de reconsidérer la suppression des allocations gratuites afin de protéger la compétitivité et de soutenir l'investissement dans les technologies vertes.
Concilier ambition climatique et réalité économique
L’IATA souligne que la politique climatique doit trouver un équilibre entre ambition environnementale et résilience économique. Avec l’entrée en vigueur des nouvelles règles du système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE-UE) en 2026, le secteur est confronté à une hausse des coûts dans un contexte d’incertitude géopolitique et économique persistante.
« La politique aéronautique européenne doit renforcer la compétitivité tout en favorisant la décarbonation », a déclaré Willie Walsh. « La révision du système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE-UE) offre une occasion cruciale de recentrer les efforts sur des réductions d’émissions rentables. »
Walsh a souligné que les priorités devraient inclure la mise en œuvre intégrale du CORSIA, le réinvestissement des recettes du SEQE dans des solutions de décarbonation crédibles et la suppression des réglementations redondantes qui engendrent des coûts supplémentaires sans avantage environnemental.
Un carrefour stratégique pour l'aviation européenne
L’IATA conclut qu’un système d’échange de quotas d’émission de l’UE révisé doit impérativement mettre en œuvre une politique climatique harmonisée, fondée sur des données scientifiques et conforme aux normes internationales. À défaut, prévient-elle, la compétitivité du secteur aérien européen pourrait s’en trouver compromise, la connectivité réduite et, à terme, la résilience économique de la région fragiliser.
Alors que l'UE examine des réformes, l'issue de ces réformes pourrait façonner non seulement l'avenir de la décarbonation du secteur aérien, mais aussi la position de l'Europe dans une économie mondiale de plus en plus concurrentielle et incertaine.



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