Le tourisme apparaît comme l'un des rares secteurs en Iran où les femmes peuvent gagner un revenu, exercer un rôle de leadership et rester visibles publiquement, même si les contraintes politiques, les sanctions et les contrôles sociaux continuent de limiter leur mobilité et leur autonomie, selon une nouvelle étude de l'Université de Surrey.
Publié dans le Annales de la recherche touristique, L'étude soutient que les femmes travaillant dans le secteur touristique iranien sont constamment confrontées au contrôle de l'État, à l'autorité religieuse et à des attentes profondément ancrées quant à ce qu'une femme « devrait » être. Loin d'être une activité économique neutre, le tourisme est devenu un espace éminemment politique où les actions professionnelles quotidiennes revêtent une importance sociale et symbolique.
Partout en Iran, des femmes gèrent des maisons d'hôtes, des hôtels, organisent des visites guidées, vendent de l'artisanat en ligne et forment d'autres personnes. Pourtant, leur participation est soumise à une réglementation stricte. Nombre d'entre elles ont encore besoin de l'autorisation d'un homme pour voyager ou remplir des documents officiels, tandis que d'autres se heurtent à des obstacles plus insidieux, comme le fait d'être écartées des promotions car le leadership est perçu comme un rôle masculin.
« On croit souvent que le tourisme est neutre. Or, nous avons constaté qu'en Iran, il est profondément politique », explique le professeur Albert Kimbu, co-auteur de l'étude et professeur de gestion du tourisme à l'Université de Surrey. « Chaque fois qu'une femme organise un voyage, gère un hôtel ou vend ses créations en ligne, elle remet en question des règles qui n'ont jamais été conçues pour elle. Ces femmes transforment la société par de petits gestes du quotidien, et c'est ce qui fait toute la force de leur action. »
Cette recherche repose sur des entretiens approfondis menés auprès de 18 femmes travaillant dans le secteur touristique iranien, notamment des directrices d'hôtel, des propriétaires de maisons d'hôtes, des guides touristiques, des entrepreneuses et des formatrices. Les entretiens, réalisés en farsi, ont été traduits en anglais et analysés thématiquement.
Les participants ont décrit un modèle de leadership pragmatique : se conformer aux exigences lorsque nécessaire, négocier lorsque possible et résister là où c’est le plus sûr. Certains présentent leur travail comme un prolongement des soins apportés aux autres ou de la préservation culturelle afin d’obtenir l’acceptation sociale. D’autres développent discrètement des réseaux de pairs, accompagnent de jeunes femmes ou développent leurs activités en ligne pour réduire leur dépendance aux intermédiaires traditionnels.
Leadership en période d'isolement politique et de baisse du nombre de visiteurs internationaux
Ce leadership quotidien s'exerce dans un contexte de fortes pressions extérieures sur le secteur touristique iranien. Les tensions géopolitiques, les sanctions, les restrictions de paiement et les avertissements stricts aux voyageurs émis par les gouvernements occidentaux continuent de limiter les arrivées internationales et d'influencer la perception mondiale de l'Iran comme destination touristique.
Dans ce contexte, les femmes sont souvent au cœur de ce que les professionnels du secteur appellent la « gestion de crise touristique » : elles veillent au maintien des standards de service, forment le personnel, gèrent la communication et préservent les relations internationales, même en cas de baisse du nombre de visiteurs. Leur rôle est moins visible que celui des campagnes touristiques officielles, mais essentiel à la survie du secteur.
Les observateurs du secteur notent que de nombreuses femmes du tourisme ont endossé des rôles diplomatiques informels : expliquer les réalités culturelles de l’Iran aux partenaires étrangers, rassurer les voyageurs de niche et préparer les entreprises à des périodes de reprise qui dépendent de l’évolution de la situation politique plutôt que de la seule demande du marché.
Les visiteurs sont toujours les bienvenus en Iran
Les professionnels du tourisme et les décideurs politiques iraniens insistent régulièrement sur le fait que les visiteurs internationaux sont accueillis et protégés, sans distinction de nationalité ni de contexte politique. Les acteurs du secteur soulignent que l'hospitalité est indépendante de la géopolitique et que la sécurité et le respect des clients demeurent des principes fondamentaux, même en période de tensions diplomatiques.
Comment les réseaux de PME maintiennent la connectivité des destinations malgré les perturbations géopolitiques
À mesure que les voies touristiques traditionnelles s'affaiblissent, réseaux de petites et moyennes entreprises (PME) sont devenues une bouée de sauvetage de plus en plus importante pour les professionnels du tourisme iraniens, en particulier pour les entreprises dirigées par des femmes.
Les grands voyagistes, les systèmes de distribution pilotés par les compagnies aériennes et les organismes de marketing étatiques sont souvent les premiers à se désengager face à la montée des risques politiques. Les réseaux de PME, en revanche, fonctionnent grâce aux relations entre pairs, à la confiance professionnelle et à la collaboration numérique plutôt qu'à la diplomatie formelle. Cela les rend plus résilients lorsque la géopolitique perturbe les circuits traditionnels.
Les femmes interrogées dans le cadre de l'étude de Surrey ont souligné l'importance des échanges transfrontaliers entre pairs, des forums en ligne, des groupes de mentorat et des alliances informelles qui leur permettent de rester connectées aux normes mondiales du tourisme, aux pratiques de durabilité et aux outils numériques, même lorsque les frontières, les paiements ou les plateformes sont restreints.
WTN et un modèle de connectivité axé sur les PME
Dans ce contexte, l’expérience des professionnels du tourisme iraniens reflète la pertinence croissante de les réseaux mondiaux axés sur les PME tels que World Tourism Network (WTN)Ces réseaux, qui privilégient les petites et moyennes entreprises touristiques plutôt que les modèles de masse ou étatiques, mettent l'accent sur les échanges entre pairs, le développement des compétences, la visibilité numérique et la solidarité professionnelle. Ils permettent ainsi aux entrepreneurs, notamment aux femmes évoluant dans des contextes difficiles, de rester impliqués dans les discussions internationales sur le tourisme lorsque les voies officielles sont bloquées. Dans les destinations politiquement isolées, ces réseaux dédiés aux PME jouent un rôle essentiel de liaison, assurant la viabilité du secteur au-delà des contraintes diplomatiques.
Leçons à retenir : Qu’est-ce qui soutient réellement le tourisme malgré les sanctions ?
Cette recherche met en lumière un enseignement politique plus large pour les ministères du tourisme, les agences de développement et les organisations internationales : Lorsque la géopolitique limite la mobilité, le financement et la promotion traditionnelle, les réseaux de PME deviennent une infrastructure de résilience essentielle..
Le soutien aux réseaux de tourisme entre pairs, à la formation aux compétences numériques, à l'accès discret au financement et aux échanges professionnels transfrontaliers contribue à préserver le capital humain, à maintenir la qualité des services et à protéger l'accès des femmes aux postes de direction. Ces mesures sont souvent plus efficaces que les campagnes marketing à grand spectacle pour soutenir les écosystèmes touristiques en période d'isolement politique prolongé.
« Une politique touristique à elle seule ne suffira pas à instaurer l’égalité », a conclu la professeure Kimbu. « Le changement ne s’installe durablement que lorsque les femmes bénéficient d’un soutien concret sur le terrain, avec des compétences, des réseaux et des ressources financières qu’elles peuvent réellement utiliser. »
En Iran, ce changement s'opère discrètement, grâce à des femmes qui maintiennent les entreprises ouvertes, les relations vivantes et l'idée de connexion intacte, même lorsque le monde semble politiquement fermé.



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